C’était l’un des films les plus attendus de la compétition. Sans doute pas par autant de spectateurs que Zodiac ou Ocean’s 13. Mais pour les admirateurs de l’intransigeant Bela Tarr, cinéaste hongrois, auteur entre autres des Harmonies Werckmeister et de Damnation, la projection de L’Homme de Londres constitue un événement d’autant plus considérable que le film a bien failli ne jamais voir le jour. Le suicide du vaillant producteur Humbert Balsan avait entraîné en effet la suspension de son tournage, qui ne reprit que quelques moins plus tard.

Adaptation d’un roman de Simenon (déjà porté à l'écran par Henri Decoin en 1943), L’Homme de Londres est surtout à 100% un film de Bela Tarr. On est saisi par la beauté du noir et blanc et des cadrages, mais surtout, comme l’a très bien dit le fils de Georges Simenon lors de la conférence de presse, par la capacité de Tarr à faire pénétrer le spectateur "à l’intérieur de la tête des personnages", des êtres accablés par leur conscience autant que par le monde extérieur. 2h20 de plans fixes, pour un propos d’une noirceur absolue, cela reste tout de même une épreuve pour le festivalier, surtout lorsqu’il en est à son troisième film de la journée. Mais lorsqu’on entend les sifflets à la fin de la projection, on se dit que la Croisette a beau rester l’endroit idéal pour projeter un tel film (en perpétuant la nécessaire illusion que les films naissent libres et égaux en droit, le Festival de Cannes remplit parfaitement son rôle), c’est peut-être aussi, du point de vue spectateur le pire endroit pour le voir et en apprécier tous les atours.
JD



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