Paris, quelques mois avant Cannes 2007. On imagine la scène. Thierry Frémaux passe un coup de fil à son vieil ami Emir Kusturica. -Salut Emir, ça va ? On est en pleine préparation du prochain Festival de Cannes, et j'avais quelque chose à te demander. Non non, rassure-toi, pas d'être Président du Jury une deuxieme fois... Encore que, comme tu as eu la palme deux fois... Non, c'est juste qu'on a déjà une petite idée de la sélection, et on s'aperçoit que c'est pas très gai. On sait pas ce qu'ils ont en ce moment, nos auteurs, mais partout il est question de deuil, de mort, de disparition, que ce soit en Israël, au Japon, en Corée, et même dans une comédie musicale française ! Alors on s'est dit qu'on avait besoin d'insuffler un peu de vie dans tout ça, qu'il nous fallait un genre de contre-poison, tu vois.
-Mmmm...
-Donc bon, on a demandé aux Coen s'ils pouvaient nous mijoter un film plutôt marrant, mais avec
eux, on se méfie, c'est toujours un peu tordu. Donc on a pensé à toi. Vu que ton docu sur Maradona est toujours pas prêt, tu pourrais peut-être nous préparer un film comme tu sais faire : tu sais, avec plein de tronches pas possibles, des enfants, des vieux, des animaux en veux-tu en voilà, je sais pas moi, une vache, un dindon, et puis aussi de la musique euphorisante, des types louches à qui il manque des dents... Enfin, un film qui ressemble à un grand chantier -et si les personnages peuvent tomber de l'échafaudage, c'est encore mieux. On s'est dit que ça pourrait faire un chouette film de clôture, mais bon, si tu nous rends ce service, nous on veut bien te donner une chance de choper une 3ème palme, hein... Donc c'est OK ?
-J'ai 2-3 concerts à donner, mais je vais m'arranger...
- Promets-moi, Emir.
-Allez banco, c'est parti, mon Thierry. Tu viens même de me donner le titre.
Julien







